Alan Turing - Mathématicien britannique

Vous avez rendu hommage à Alan Turing

Biographie

Photographie d'alan turing

Alan Turing naît le 23 juin 1912 à Londres.

Enfant, son talent est rapidement reconnu par ses instituteurs. Souffre-douleur de ses camarades, l'enfant solitaire qu'est Turing s'intéresse rapidement aux sciences - matières moins mises en valeur que la littérature ou la culture physique à cette époque. Il résout précocement des problèmes divers.

En effet, Turing est décrit comme un homme brillant mais socialement atypique. Peu sensible aux conventions et à la hiérarchie, il se montre souvent maladroit dans ses interactions, privilégiant la vérité et l'efficacité à toute forme de diplomatie. Cette singularité, parfois source d'incompréhension, est aussi l'un des moteurs de son génie.

Alan étudie les mathématiques au King's College de Cambridge, où il se distingue rapidement par son intérêt pour la logique et les fondements des mathématiques. Influencé par les travaux de Kurt Gödel, il part ensuite aux Etats-Unis à l'université de Princeton où il obtient un doctorat sous la direction d'Alonzo Church. C'est durant cette période qu'il développe les bases théotiques de ce qui deviendra l'informatique moderne.

Lié d'amitié à un camarade, Christopher Morcom, même décrit comme son premier amour, Turing n'admet pas la disparition totale de l'esprit brillant de ce dernier à sa mort en février en 1930 des complications de la tuberculose bovine.

Il mène divers projets tels que le test de Turing, et Christopher (en hommage à son ami décédé) - machine ayant brisé l'Enigma allemande.

Par ailleurs, Turing a l'habitude de courir intensivement (marathons par exemple), mais devra cesser de courir autant à cause d'une blessure à la jambe en 1950.

Alan Turing est poursuivi pour homosexualité - orientation qu'il ne cache pas. Condamné, il choisit une castration chimique, prononcée en 1952 et terminée en 1953. Cette condamnation a des conséquences dramatiques sur sa vie personnelle et professionnelle: Soumis à un traitement hormonal lourd, il souffre de dépression et d'un profond isolement. Privé de certaines autorisations de sécurité, il est écarté de projets majeurs, malgré un rôle crucial dans la victoire alliée.

Le 8 juin 1954, Turing est retrouvé mort avec une pomme croquée - il s'agit d'un suicide par empoisonnement au cyanure, que la pièce de théâtre "La Machine de Turing" montre d'ailleurs comme une référence à Blanche Neige et les sept nains, théorie répandue pour la ressemblance à la scène de la pomme.

Réalisations de Turing

Et Christopher brisa Enigma

Dès 1938, Turing travaille pour la Government Code and Cypher School. Il se concentre alors sur la cryptanalyse d'Enigma.

Avec Dilly Knox, avec lequel il s'associe, ils découvrent la méthode polonaise. Dès lors ils se concentrent sur une approche moins spécifique du problème - en effet la méthode qu'ils ont découvert à Varsovie en juillet 1939 était fondée sur une répétition de clé en début de message susceptible d'être supprimée, car trop vulnérable (cela arrive d'ailleurs en mai 1940).

Turing a donc une approche plus générale et mathématique du problème. Il s'agit désormais de mettre en oeuvre une logique fondée sur les connaissances à disposition sur Enigma, et d'exploiter les imprécisions des Allemands. Il faut cependant noter que le code Enigma changeait chaque jour.

Il met en place une "bombe de Turing", machine électromagnétique utilisée pour décrypter des codes. Appuyée par des mathématiciens de Cambridge, cette bombe pouvait à partir d'un texte en clair, trouver les réglages corrects pour 24 heures par chaque réseau allemand.

Ce procédé permettra de déchiffrer une grande partie des messages Enigma de la Luftwaffe.

Le décryprage des communications allemandes permet aux Alliés d'anticiper de nombreuses attaques, notamment dans la bataille de l'Atlantique. Selon plusieurs historiens, ces avancées auraient permis de raccourcir la Seconde Guerre mondiale d'un à deux ans, sauvant ainsi des millions de vies.

Les ordinateurs et Turing

De 1945 à 1947, Turing travaille au National Physical Laboratory. Il rédige l'ACE, un des premiers projets complets d'ordinateur à programme enregistré. Le projet rencontre des obstacles administratifs et budgétaires. Turing préfère partir en 1947 et suit de cours de biologie à Cambridge.

En 1948 il est invité l'université de Manchester où Max Newman dirige le développement de Manchester Mark I - un des premiers ordinateurs. Turing travaille à la programmation de l'ordinateur.

Le test de Turing

En 1936, Alan Turing introduit le concept de machine universelle, une machine théorique capable d'exécuter n'importe quel calcul à partir d'instructions codées. Ce principe fonde l'idée même de l'ordinateur moderne et constitue la base de tous les systèmes informatiques actuels.

En 1950, Turing explore le sujet de l'IA et propose une expérience, le test de Turing. Il y tente de définir une épreuve permettant de montrer la capacité d'une machine à imiter un comportement humain. Il fait le pari suivant: "d'ici cinquante ans, il n'y aura plus moyen de distinguer les réponses données par un homme ou un ordinateur, et ce, sur n'importe quel sujet". Par ailleurs, cette partie est rédigée par IA.

En 1952, il écrit un programme de jeu d'échecs dans lequel la machine met environ une demi-heure pour effectuer chaque coup. En juin 2012, le programme Turochamp dispute une partie de démonstration contre Garry Kasparov, échiquier comme à son habitude orienté case blanche en bas à droite des joueurs, bien que les écrits de Turing n'aient pas été conservés.

Bien que célèbre, le test de Turing est loin de faire consensus. Il évalue la capacité d'une machine à imiter les comportements humains, sans prouver pour autant une réelle compréhension ou une conscience. Malgré ces limites, il demeure une référence majeure dans les débats sur l'intelligence artificielle.

La machine de Turing - un hommage au mathématicien légendaire

Mise en scène de La Machine de Turing
Mise en scène de Tristan PETITGIRARD — site officiel du Théâtre Michel

La Machine de Turing est écrite par Benoit Solès et paraît en 2018

Cette pièce reprend habilement la vie d'Alan Turing, fidèle à la réalité et nominée pour 4 molières. Elle fait référence à son homosexualité condamnée par un pays qu'il a protégé.

La pièce repose sur un dispositif scénique épuré, entre Alan Turing et un inspecteur. Les allers-retours entre le passé du mathématicien et le présent permettent de dévoiler progressivement ses idées, ses exploits et son génie. Ils montrent également les injutices dont Turing est victime.

Critique de la pièce

La pièce La Machine de Turing reste fidèle à la réalité historique, notamment dans la représentation du caractère d'Alan Turing - rôle dans le jeu qu'il demande comparable à celui de Shaun Murphy de la série Good Doctor. Le personnage y est montré solitaire, brillant, et en décalage permanent avec la réalité, et son environnement social est incapable de comprendre sa singularité.

La pièce met en scène la découverte du décryptage d'Enigma à partir de certains failles humaines (de manière simplifiée par rapport à la réalité bien que le principe soit le même) dans les messages allemands telles que la formule "Heil Hitler!" à la fin de chaque message, en soulignant la réussite comme le fruit d'années de recherches et de raisonnement collectifs, en notant la complexité d'Enigma de par son changement toutes les 24 heures, marquées dans la pièce par des gongs qui rendent Alan presque fou à force de répétition; une preuve de l'effort durable fourni. La pièce aborde également les relations personnelles de Turing ainsi que son imaginaire, notamment sa fascination pour Blanche-Neige et les Sept Nains, utilisée comme un motif symbolique autour de la pomme empoisonnée.

Grâce à une mise en scène sobre et un texte efficace, la pièce parvient à rendre hommage à un homme injustement condamné par une société qu'il a contribué à sauver. L'émotion naît tant de son génie que de l'injustice qu'il subit; cela rend l'oeuvre pédagogique et touchante.

Je recommande vivement cette pièce.

Application du test de Turing

Qu’est-ce qui distingue l’humain de l’IA ?

Le test de Turing, traité ci-dessus, suggère qu’un ordinateur peut sembler humain. C’est vrai en partie. Un programme d’IA tel que ChatGPT produit des réponses immédiates avec des formulations aux airs humains. Pourtant, il ne comprend pas à proprement parler ce qu’il énonce. Il ne suit ni émotions, ni intentions, ni raisonnement humain : il exécute un code complexe.

Cette situation place nombre de nos contemporains dans l’embarras : comment distinguer ce qui relève de l’humain et ce qui provient de la machine ? Vous-même avez sans doute douté de la partie consacrée au test de Turing à la simple lecture de la phrase : « Par ailleurs, cette partie a été rédigée par une IA. »

Il s’agissait pourtant d’un guet-apens. Ce doute a pu remettre en question ma légitimité, alors même que l’ensemble de ce texte a été rédigé par un humain. Une écriture humaine a ainsi pu se faire passer pour artificielle. Pour autant, la machine reste dépourvue de conscience : elle imite l’humain. La réussite du test de Turing ne fait ni de ChatGPT, ni de Cortana, des êtres appartenant au vivant.

Et si le problème était ailleurs?

Certains avancent une hypothèse plus radicale: celle d'un "internet mort". Selon cette idée, une part croissante des contenus en ligne ne serait plus produite par des humains, mais par des machines dialoguant entre elles.

Sans adhérer à cette théorie, elle soulève une question troublante: si les textes, les images, et les interactions deviennent indiscernables, alors le doute ne porte plus sur la machine... mais sur l'existence de l'autre.

Le danger n'est peut-être pas que l'IA nous imite, mais que nous ne sachions plus à qui, ou à quoi, nous parlons.

Credits et sources

Video de pause
The Amazing Digital Circus

Musique
Léman - Les plus bornés

Images
Photographie de Turing - Wikipédia
Représentation de la pièce La Machine de Turing